PAR-DELÀ LA
TRANSFĂGĂRĂȘAN
AU GUIDON D'UNE
TRANSALP

Depuis que l'équipe de Top Gear a suggéré que la Transfăgărășan pourrait être la plus belle route du monde, le col roumain est subitement devenu immensément populaire auprès des motards du monde entier. Mais la Transfăgărășan est-elle vraiment à la hauteur de sa réputation ? Nous avons enfourché une XL 750 Transalp pour vérifier. Oui, sur place…

La route Transfăgărășan, une voie rapide mais sinueuse qui serpente à travers les impressionnantes montagnes des Carpates, constituait assurément le défi ultime en termes de diversité pour la Honda Transalp. Selon le côté par lequel vous attaquez les 100 km que la Transfăgărășan offre, la ville enchanteresse de Sibiu constitue le point de départ, ou d'arrivée, d'une aventure incroyable. Quoi qu'il en soit, si vous rencontrez un groupe de voitures et de motos, vous savez que vous êtes parti trop tard. En effet, ici plus que partout ailleurs, les "lève tôt" pourront profiter de conditions idéales, pratiquement sans circulation. Partir à 6 heures du matin est une bonne idée si vous voulez profiter au maximum de cette route légendaire.
UN PEU D'HISTOIRE
La Transfăgărășan a été construite entre 1970 et 1974 sous le règne de Nicolae Ceaușescu, en réponse à l'invasion soviétique de la Tchécoslovaquie, en 1968. En effet, Ceaușescu voulait s'assurer un accès militaire rapide à travers les montagnes en cas d'invasion soviétique. La route a été construite principalement par du personnel militaire et les coûts financiers, et humains, furent élevés. Les travaux ont été réalisés dans un climat alpin, à une altitude de 2.000 mètres. Environ six millions de kilos de dynamite ont été utilisés et de jeunes soldats non formés aux techniques d'explosion ont dû s'employer. Résultat : de nombreux ouvriers sont décédés. Quarante selon les données officielles. Mais les estimations officieuses des ouvriers font état de centaines de vies perdues...
La route fut officiellement ouverte le 20 septembre 1974. Et chaque année, elle ferme. En effet, entre octobre et avril, la neige et les conditions météorologiques extrêmes empêchent tout simplement la traversée des montagnes de Făgărăș.




BIEN LE BONJOUR AUX OURS
Chef-d'œuvre d'ingénierie, la route Transfăgărășan serpente à travers des forêts denses et longe des cours d'eau cristallins. La canopée des arbres crée une mosaïque d'ombre et de lumière en constante évolution. Quand nous sommes partis (très tôt, on vous le rappelle), la route, panneautée C7, était déserte. Le sentiment d'isolement et de liberté nous écrasait littéralement. Un rappel trop rare de la beauté brute qu'offre la nature lorsque la main de l'homme la laisse tranquille. Et cela vaut pour les plantes et les arbres, mais aussi pour les animaux…
Les chiens endormis le long de la route sont innombrables. Mais ce qui étonne vraiment, c'est le nombre d'ours que l'on rencontre. Ces animaux grands et sympathiques - enfin, pour autant que nous le sachions - sont habitués à voir des touristes. Et ils apparaissent ici et là, presque partout dans la forêt. La nourriture constitue, bien évidemment, leur principale motivation. Mais à moto, nous sommes moins bien protégés qu'en voiture. Dès lors, il vaut mieux garder ses distances et rester prudent à tout moment. Néanmoins, ce genre de rencontre reste particulièrement impressionnant. Imaginez la scène : vous vous arrêtez sur le bord de la route, vous ouvrez votre visière et vous regardez un gros ours brun droit dans les yeux... Hum !
En partant du côté de Curtea De Arges, vous traversez environ 30 km de forêt et tombez sur le grand barrage de Vidraru. Ici, tout le monde essaie de capturer la grandeur de la scène avec un Smartphone. Mais c'est presque impossible, car le barrage est énorme : 165 mètres de haut et 305 mètres de long ! Sur la droite, la vue est particulièrement plongeante. Et sur la gauche, on peut observer le lac. Pendant la journée, l'endroit est fort fréquenté. Mais à notre heure de passage, il n'y avait que quelques voitures et… une moto : la Transalp ! Après le barrage, la route forestière devient assez sinueuse. Jusqu'à ce que vous arriviez soudainement à la limite des arbres. Le paysage change alors et… la route aussi. C'est la partie la plus sinueuse de la Transfăgărășan. Les vues sont à couper le souffle. L'asphalte, par contre, se veut assez moyen. Il ne s'agit pas d'un revêtement récent ou d'une route nouvelle refaite. Cette partie de la Transfăgărășan se révèle assez accidentée et il y a de gros nids-de-poules ici et là. Le genre de surface difficile que la Transalp adore. Surtout que l'adhérence et le retour d'information fournis par les pneus Bridgestone AT41 nous donnent la confiance nécessaire pour attaquer chaque virage. Freinage tardif, belles courbes, bonne accélération. Ce touriste tout d'orange vêtu se demande encore quelle machine a bien pu le dépasser…


COMME DANS UN TUNNEL
En approchant du sommet du Nogiu, soit à un peu plus de 2.000 mètres d'altitude, on traverse le tunnel de Balea. Un long tunnel. Le plus long de Roumanie. Mais de l'autre côté, la vue est encore plus belle et le paysage encore plus impressionnant. Le lac Balea est une autre attraction touristique de la Roumanie. Mais une fois de plus, comme il est encore tôt, l'endroit est presque désert.
Par contre, au cours de l'après-midi, sur le chemin du retour, nous constaterons à quel point il peut y avoir du monde au sommet de la montagne. C'est pourquoi je retape sur le clou : partez tôt, à 8 heures du matin, l'endroit se veut encore assez calme pour prendre 15 minutes afin d'observer l'impressionnant lac qui pousse ses eaux vers le côté sud. Quelques minutes de route plus tard, nous passons devant les chutes d'eau créées par ce lac. Et nous les apprécions d'autant plus après avoir contemplé l'eau bleu saphir du lac scintillant dans l'air frais de la montagne. Rouler à moto, c'est aussi s'arrêter de temps en temps pour s'imprégner de la sérénité de l'endroit traversé. Des moments de zénitude appréciable.
MOUTONS
Il est temps de remettre le casque. La partie nord de la Transfăgărășan nous attend. On peut dire que la descente de la montagne - ou l'ascension de cette partie, selon le point de départ - est la plus spectaculaire. Les courbes impressionnantes se succèdent et, du sommet, on a une vue d'ensemble de ce qui nous attend dans les prochains kilomètres. Et oui, nous avons eu le temps d'admirer une autre cascade, car nous avons été arrêtés juste avant par un troupeau de moutons. Après les ours et les chiens, eh bien, il y a aussi des moutons sur la route, en Roumanie.
Après cette halte inattendue, nous avons repris notre descente, avec un flot croissant de voitures et de motos roulant dans notre direction - c'est-à-dire vers le haut de la montagne. Admirer pleinement la beauté des Carpates et de sa nature, c'est quand même mieux sans trafic. Mais surtout, rouler seul permet de se concentrer sur la conduite de la Transalp. Cette route était à couper le souffle, du début à la fin. Même avec une vitesse limitée à 40 km/h sur la plupart des tronçons.


LA PLUS BELLE ?
Alors… la Transfăgărășan est-elle une route fantastique pour les motards ? Oui, parce qu'elle réunit tous les ingrédients nécessaires : une série de courbes étonnantes à flanc de montagne. Des vues étincelantes à la montée et à la descente. Le tout dans un cadre magnifique et isolé. Je ne sais pas si c'est la meilleure route du monde, mais c'est sans aucun doute la plus belle que nous ayons emprunté. Dommage qu'il faille partir assez tôt pour en profiter pleinement. Entre 10 h et 17 h, il y a vraiment beaucoup de monde. La leçon à en tirer ? Si vous trouvez une belle route, n'en parlez à personne. Et bien sûr, n'en faites pas la promotion dans le Honda Motor Magazine…
