INTERVIEW
FANTASTIQUE PRESTATION DE LA BELGIQUE AU HONDA GLOBAL MOTORCYCLE TECHNICIAN CONTEST

Quelle aventure pour le Benelux, lors du Honda Global Motorcycle Technician Contest 2023 au Japon ! Avec le Belge Nico Blanckaert (Motorcenter Westhoek Veurne) et le Néerlandais Jos Pols (Pols Motoren, Waalwijk), notre région a pu envoyer deux participants - sur dix ! - dans la catégorie FUN (sport et tourisme). Une place sur le podium échappera finalement de peu à notre compatriote. "Même si je ne suis pas passé loin", sourit Nico. "Je suis particulièrement fier d'être arrivé parmi les dix derniers sur 89.000 candidats potentiels !"

NICO BLANCKAERT Âge: 53 Années d'expériences: 30 Fonction actuelle: Directeur général et mécanicien en chef de Motorcenter Westhoek Veurne Titels: 1re place National Honda Technician Skill Contest (2000) 2e place European Honda Technician Skill Contest (2000) 1re place National Honda Technician Skill Contest (2021) 3e place European Honda Technician Skill Contest (2022)
Honda Motor Magazine : Avant tout, félicitations pour votre sélection au championnat du monde ! Vous n'êtes malheureusement pas monté sur le podium, mais vous avez vécu une expérience formidable…
Nico Blanckaert : "Absolument, c'était très instructif. En participant à de telles compétitions, on repart toujours avec quelque chose pour le futur. Ce n'est pas parce que nous sommes dans le secteur depuis plus de 30 ans que nous ne pouvons plus rien apprendre ! (rires) Nous sommes testés d'une façon différente à ce que l'on peut vivre sur le lieu de travail. Nous n'avons tout simplement pas le temps de procéder à de telles simulations. C'est donc vraiment difficile de se préparer. Bien sûr, vous pouvez faire de votre mieux en étudiant un maximum de théorie. Mais vous saurez seulement le jour J ce que l'on attend de vous. Avant cela, aucune information ou conseil n'a circulé. Au début du concours, vous recevez votre dossier devant vous et vous devez commencer à travailler immédiatement. Vous disposez de 10 minutes pour chacune des cinq épreuves, avec une pause de deux minutes entre chaque épreuve. Soit à peine le temps de reprendre son souffle. (rires) Tout problème rencontré lors d'une épreuve est reporté sur l'épreuve suivante, de sorte que le stress s'accumule. J'ai principalement eu la sensation qu'il était particulièrement important de rester calme, d'utiliser sa propre expérience du mieux possible et d'avoir un peu de chance avec le test. En effet, certains défis vous conviennent toujours mieux que d'autres. Vous avez peut-être, par exemple, déjà vécu certaines situations à l'atelier. Mais vous pouvez tout aussi bien tomber sur un problème que vous n'avez jamais rencontré - ou pu résoudre - auparavant. Il y a une première fois pour tout !
En ce qui me concerne, je ne me suis pas concentré sur le Top 3 lors de cette édition. Même si je n'aurai pas été loin en définitive, cela s'est joué dans les détails. Quand on y pense, il est difficile de se montrer déçu : il y a 89.000 mécaniciens Honda enregistrés dans le monde. Le fait que je sois déjà entré dans ce cercle restreint de dix mécaniciens (NDLR : dans la catégorie FUN) constitue déjà en soi une réussite dont on peut être fier. C'était la première fois que Honda organisait ce concours à l'échelle mondiale. La marque voulait donc montrer qu'elle était capable de monter un événement de haute volée. Honda est comme ça : s'ils organisent quelque chose, tout doit être parfait !" (rires)
Quel est votre point fort en matière de mécanique ?
"Le diagnostic, en particulier, me convient très bien. Après le test théorique et quelques exercices de montage, on nous a présenté un test avec un moteur défectueux. Nous devions faire démarrer le bloc en moins de cinquante minutes. Car selon le scénario, la moto était arrivée avec toutes sortes de défauts. Au cours du processus, nous sommes passés d'une panne à l'autre. Si vous n'aviez pas de solution au bout de 40 minutes, l'organisation en trouverait une, car le démarrage du moteur était nécessaire pour la suite de la compétition. Mais je n'ai pas eu besoin d'aide, ma moto était prête au départ, dans les temps."

Pour un tel diagnostic, vous devez surtout vous appuyer sur l'électronique ? Ou plutôt sur vos connaissances acquises au cours des 30 dernières années ?
"C'est une combinaison des deux. Je suis dans le métier depuis des décennies, depuis le temps de la "vieille mécanique". À l'époque, c'était encore amusant, dans le sens où tout le monde pouvait encore bricoler son moteur. Vous n'aviez pas besoin d'outils spéciaux pour réparer votre bloc. Bien sûr, depuis l'avènement de l'électronique, on a recours à des appareils de diagnostic. Mais il faut toujours faire appel à son expérience et à sa connaissance du moteur pour résoudre le problème. Ces diagnostics ne sont des outils d'une aide précieuse… uniquement s'il y a un problème détectable. L'ordinateur sait alors à la vitesse de l'éclair dans quelle direction chercher le problème. Mais nous savons d'expérience que les problèmes sont souvent dus à l'oxydation des connecteurs et autres, ce que l'ordinateur ne voit pas toujours. S'il déclare que tout va bien, mais que vous remarquez que le moteur ne fonctionne pas correctement, vous devez faire appel à vos propres connaissances.
Aujourd'hui, les jeunes apprennent surtout à travailler avec les dispositifs de diagnostic des moteurs modernes. À l'avenir, le défi consistera principalement à trouver des mécaniciens qui seront à la fois capables de détecter les défauts et de les traiter efficacement."
Vous n'êtes pas un novice en matière de "bricolage de compétition". En 2000, vous avez remporté le titre de champion de Belgique et la deuxième place au concours européen. Dans quelle mesure avez-vous besoin de participer à cet autre concours ?
"Pour moi, une telle compétition est importante : elle est stimulante et enrichissante. Au cours des tâches quotidiennes standard - vidange d'huile, plaquettes de frein ou pneus - la routine s'installe rapidement. Une telle compétition vous pousse à repousser vos limites et vous renvoie un miroir : dans quelle mesure êtes-vous compétitif et quel est votre niveau ? C'est très intéressant.
Cependant, une telle compétition n'est pas à la portée de tout le monde : il y a constamment quelqu'un qui surveille vos moindres faits et gestes, qu'il s'agisse des juges, des caméramans ou du public présent. Chaque geste est scruté à la loupe. Il ne faut pas sous-estimer cette pression. Il y a beaucoup de bons mécaniciens dans le monde, mais pendant le Honda Global Motorcycle Technician Contest, il faut aussi résister au stress. Il y a encore une certaine forme d'appréhension chez beaucoup de mécaniciens : la peur de craquer, ou de se rendre compte que leur niveau n'est pas assez élevé pour rivaliser avec les adversaires. C'est dommage, car je suis sûr que cette crainte n'est pas fondée. Car en réalité, vous n'avez rien à perdre, seulement à gagner. On commence toujours à la dernière place, et si on se débrouille bien, on monte. Et avec un peu de chance, on peut finir sur le podium. C'est l'état d'esprit qu'il faut avoir pour participer."
Les athlètes ont souvent un rituel ou une astuce pour rester calmes pendant la compétition. Comment avez-vous géré le stress ?
"Il n'y a pas d'astuce immédiate qui me permette de rester calme. Mon grand avantage a peut-être été la façon dont nous travaillons depuis des années : au Motorcenter Westhoek, nous sommes l'un des rares garages à permettre encore aux clients de pénétrer dans l'atelier lui-même, quotidiennement. En outre, cela fait trente ans que je donne des cours du soir, avec des stagiaires autour de moi qui me regardent réaliser une intervention particulière. La confiance en soi que cela permet d'acquérir et le calme intérieur que j'éprouve en accomplissant une tâche sous le regard des autres se sont révélés être un atout absolu au Japon."
Vous préparez-vous déjà pour la prochaine édition ?
"Si vous me demandez maintenant si j'ai envie de participer à nouveau, je répondrais résolument non. J'ai gagné deux fois la compétition en Belgique, je suis monté plusieurs fois sur le podium - ou j'en étais fort proche au niveau européen - et j'ai également participé à ce que l'on appelle le "championnat du monde". Pour moi, c'est un beau parcours. Je veux aussi donner la chance aux autres mécaniciens Honda de vivre cette expérience, au moins une fois. Mais il ne faut jamais dire jamais. Lorsque le moment de s'inscrire sera venu, j'aurai peut-être envie de reprendre la compétition... L'avenir nous le dira !" (rires)
Après toutes ces années passées à bricoler des Honda, que répondriez-vous si vous deviez choisir votre machine préférée ?
"Pour moi, la Honda CB750 Four de 1969 reste le summum absolu, tant sur le plan esthétique que mécanique. C'est une icône, une machine magnifique, où la mécanique est parfaitement mise en avant, des carburateurs au quadruple échappement. Aussi belles et bonnes que soient les machines modernes, je pense qu'elles n'atteindront jamais le statut de la CB750 Four."
